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Exode de mai/juin 1940....

par Magitte

            En écoutant les actualités à la télévision, il me revient à l'esprit cette débâcle de Juin 1940....Qelles responsabilités nous avaient amenés là ? Notre armée n'était pas prête à faire la guerre, notre matériel militaire était "vaguement périmé" nos soldats manquaient de tout ou presque .... J'espère que nous ne reverrons jamais une chose pareille...Pour les gens de ma génération, il est impossible d'oublier.
            Il y a quelques années, j'avais fait le récit de cet exode pour ce qui me concernait...Mais nous étions tous "logés à la même enseigne" ! Voici ce récit en copier/coller :
            ~~ De l’Avenue du Miroir à VIERZON……en passant par… EXODE de MAI / JUIN 1940 Depuis le 3 septembre 1939, la guerre était déclarée - Drôle de guerre en vérité. Depuis des mois, les belligérants s’observaient, sans trop d’actions de part ni d’autre… Mais, le 10 mai 1940, tout change : les Allemands envahissent les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Et dans la foulée, l’Italie déclare la guerre à la France et à l’Angleterre. Tout bascule, rien ne se passe comme prévu ! Notre armée est submergée au Nord, à l’Est. La ligne Maginot réputée imprenable ne résiste pas ! C’est la débâcle ! Nous craignons le pire… Juin 1940 - Depuis quelques jours, tout allait mal. Les entreprises, commerces, bureaux etc..fermaient les uns derrière les autres. Puis les administrations ont suivi pour se replier dans le sud de la France. Le 13 juin mon Père qui était mobilisé à PARIS dans la D.C.A. (sur les toits de l’Ecole Militaire et Invalides), passe à JUVISY à la maison, avec une poignée d’hommes de sa compagnie. Ma mère était absente, partie à Paris pour travailler (ce qu’elle n’a pu faire d’ailleurs !) Elle a même eu beaucoup de mal pour revenir de Paris. Je me trouve donc seule à la maison et mon Père, très pessimiste, m’explique que les militaires fuient PARIS, les Allemands étant aux portes de la capitale. Personnellement, je ne me rendais pas trop compte de la gravité de la situation. Je fais tant bien que mal un repas pour mon Père et ses camarades. Ils repartent dans l’après-midi. Auparavant, Papa me dit qu’il faut que Maman et moi quittions la maison d’urgence. Ce n’est pas un conseil, c’est un ordre que Maman ne voudra pas suivre ce jour-là car nous sommes sans nouvelles de mon frère depuis le 3 ou 4 juin; il était alors en plein dans la bataille…Maman me confie alors à ma tante qui était aussi sans nouvelles de mon oncle, mais qui voulait rejoindre mes jeunes cousins près de Fontainebleau où ils se trouvaient depuis le début de la guerre. Nous partons donc le 14 juin de Juvisy pour Moret s/Loing, mais à Melun, plus de trains…Il nous faut continuer à pieds ! Sportive, je ne l’étais que moyennement et je me plaignais beaucoup d’avoir mal aux pieds (ces trucs là, c’est peut-être faits pour marcher, mais il y a des limites !!! ). Ma tante que j’agaçais prodigieusement, et ça se voyait, me disait « marche, quand nous arriverons tu prendras un bain de pieds de Saltrates…Je pense que j’aurais dû sourire ? Mon affection pour ma tante et mon obéissance n’allaient quand même pas jusque là ! Enfin, nous arrivons à Veneux. Il me semble qu’à partir de Fontainebleau, nous avons été véhiculées un petit bout de chemin…Je n’en suis plus très sûre, cette période était tellement à part qu’en ce qui me concerne mon esprit se brouille un peu. Impossible de joindre ma mère par un moyen quelconque. Elle n’a donc pas appris que j’étais arrivée à Veneux et moi je ne savais rien d’elle non plus. Aucune nouvelle non plus de mon Père et de mon frère…(à cette date, il n’était déjà plus, mais comment le savoir ?). Nous avions croisé sur la route tellement de gens qui partaient « droit devant eux », sans but si ce n’est celui d’échapper aux allemands qui, le Samedi 15 Juin, étaient à FONTAINEBLEAU ! Nous avons passé la journée avec ma tante à rassembler quelques affaires, pensant partir le lendemain, mais comment ? Plus aucun train à l’horizon. La nuit du 15 au 16, il y a eu de gros bombardements aux environs et la bataille était là. Nous étions tous réunis dans une grande maison appartenant à la Mère de mon oncle et avions ainsi l’impression d’être plus en sécurité. Dans la nuit (ou très tôt le matin) des soldats français sont passés nous dire qu’il fallait partir et ne rien emporter pratiquement. Ils nous ont proposé de nous emmener dans leur camion qui transportait…des munitions ! Ma Tante a rassemblé tout son monde : enfants, nièce, belles-sœurs, belle-mère, tantes, cousines etc…quelle responsabilité pour elle et que de soucis. Le camion complet était très « familial ». Nous partions vraiment dans l’inconnu, pensant encore que l’armée française allait arrêter les allemands sur la Loire. C’était un rêve, il n’y avait déjà presque plus d’armée. Le peu qui restait était complètement désorganisée. C’était la débâcle, la vraie…Nous n’étions tenus au courant de rien, les renseignements les plus divers et contradictoires circulaient sur la route. Nous voici donc partis de très bonne heure le matin, chacun se demandant ce qu’il trouverait au retour, si toutefois il y avait un retour. Nous étions installés dans le camion assis sur les caisses de munitions et subissant les mitraillages des avions descendant en piqué sur les files de réfugiés. Au bord des routes, les gens hurlaient, il y avait des blessés, il y avait des morts. Des gens erraient à la recherche d’un des leurs (ou de plusieurs), perdu dans la foule des réfugiés. Beaucoup de voitures abandonnées faute d’essence ou par suite de pannes, se trouvaient dans les fossés ou au bord des routes. On croisait des soldats qui ne savaient où aller, ayant perdu régiments et officiers. Et comment conduire au milieu de tout ça ? On avançait peut-être à 15 kilomètres à l’heure et encore… Il fallait s’arrêter, descendre pour se mettre à l’abri comme on pouvait dans les fossés. Une image me reste : lorsque nous étions mitraillés, les soldats qui étaient avec nous descendaient en vitesse et venaient à l’arrière du camion où ils cachaient simplement leur tête, tout le reste du corps restant à l’extérieur. Comme ça ils n’avaient plus peur parce qu’ils ne voyaient rien !!! Le but de nos « chauffeurs » était de passer la Loire à GIEN où se trouvait un des rares ponts restés encore debout, l’armée française faisant sauter les ponts sur la Loire pour que les allemands ne franchissent pas le fleuve. Malheureusement, quand nous sommes arrivés à GIEN au milieu de la nuit, la ville brûlait après un bombardement. C’était un spectacle dantesque que je garderai en mémoire à jamais. Le pont était impraticable et nous sommes repartis vers SULLY-sur-LOIRE où nous avons pu enfin traverser…Comment ? Je n’en sais plus rien, tout ceci était effrayant. Je ne sais combien de temps tout ceci a pris. Plusieurs jours, mais combien ? J’avais complètement perdu la notion du temps, comme tout le monde d’ailleurs. Nous mangions très peu. Les quelques provisions que nous avions pu emporter et ce qui nous était donné par les soldats ne constituaient que des coupe-faim ! Et dans le camion beaucoup de soucis pour la santé de certains dont une cousine qui attendait un enfant et nous avait fait très peur à la suite d’une violente crise de nerfs. Nous n’en pouvions plus et toujours ces avions qui nous mitraillaient pour prouver quoi ? La France était exsangue…C’était l’enfer…Quant à la toilette, ce n’était plus qu’un souvenir…Je me souviens qu’un jour, sur la fin je crois, nous nous sommes arrêtés dans un champ et nous avons tous dormi dans l’herbe. C’était la première fois depuis notre départ de Veneux que nous pouvions dormir autrement qu’assis sur nos caisses (moi reposant mes bras sur un tonneau de vin ! Le soldat français prend toujours ses précautions !!! Ce jour-là tout semblait plus calme… A VIERZON, il nous a fallu « abandonner le navire » notre camion n’allait pas plus loin. Plus d’essence, plus de ravitaillement. Je pense que les soldats ont dû être faits prisonniers…les allemands étaient là… Nous étions très tristes, c’était vraiment l’occupation qui commençait. On croisait des colonnes de prisonniers, c’était navrant et lamentable. Quel jour étions-nous ? Combien de jours s’étaient écoulés ? Cette notion du temps nous avait complètement abandonnés. Les habitants de Vierzon ont été très accueillants. Je ne me souviens plus comment ma tante s’est débrouillée, mais nous avons été recueillis pas des gens charmants qui ont mis deux pièces à notre disposition : une pièce commune où nous pouvions faire un peu de cuisine et une chambre avec plusieurs lits où ma tante, mes cousins et moi pouvions enfin dormir normalement…ou presque. Tous les cinq ensemble, c’était formidable ! Tous les autres membres de la famille étaient dispersés dans la ville. D’un côté, nous étions soulagés, mais…qu’allaient faire les allemands de nous ? Un soldat en passant avait donné du chocolat à mon petit cousin. Ma tante le lui a repris, on racontait tant de choses sur des bonbons et de la nourriture empoisonnés…Il fallait se méfier, mais c’était très dur pour les enfants et les grands aussi. La preuve, c’est que le chocolat, le soir, ma tante m’a dit que peut-être on avait tort…et que…et que…enfin que peut-être nous deux nous pourrions y goûter ?Par dévouement bien sûr..ce que nous avons fait. Soixante sept ans après, je suis toujours là…il n’était peut-être pas empoisonné ? Nous avons repris un semblant de vie, chacun étant inquiet pour ceux dont il n’avait pas de nouvelles. Pour moi, rien sur Maman, Papa et mon frère…Qu’étaient-ils devenus ? Avant d’arriver à Vierzon, quand on rencontrait des soldats Français, on leur demandait d’où ils venaient, quel était leur régiment etc…espérant glaner quelques renseignements, mais rien… Nos logeurs nous aidaient de leur mieux et comme ils avaient un jardin, ils nous donnaient des légumes. Les commerces ouvraient de façon anarchique et le ravitaillement était très difficile. Et un jour, nous avons appris que le Maréchal Pétain avait demandé l’armistice…Nous étions tous consternés. Bien sûr, le calme (tout relatif) allait revenir, mais notre pauvre pays était exsangue, même beaucoup plus ! Nous avions plus d’un million de prisonniers et combien de morts civils et militaires…Et notre avenir ne s’annonçait pas tout rose. De ce jour, nous n’avions plus qu’une idée : rentrer à la maison, mais comment ? Pas de trains, pas de voitures, pas d’essence et pour le cas où nous trouverions essence et voiture, il fallait un laissez-passer, les fameux AUSWEISS ! Et aussi l’autorisation des autorités françaises…. Enfin, ayant pu rassembler tout ça, nous sommes revenus à Veneux, soulagés de retrouver les maisons intactes. Quelques jours plus tard, mon oncle a pu prévenir qu’il était à Paris et j’ai pu avoir des nouvelles de Maman qui avait été obligée de partir de force le 15 juin et s’était retrouvée près de Tours. Mais elle était tranquillisée sur mon sort car j’avais recontré à Vierzon une voisine de Juvisy que je connaissais de vue et qui, rentrée avant moi, était allée prévenir Maman. Nous avons eu également des nouvelles de mon père qui se trouvait en zone libre où il avait été démobilisé. Par contre, toujours rien concernant mon frère. Je suis revenue à Juvisy au mois d’Août, quand les trains ont recommencé à fonctionner (très mal, mais enfin, ça roulait). Et il a fallu essayer de survivre….Ce n’était que le début, le coup de grâce viendrait plus tard !

            Que peut-on ajouter à ce récit? Rien.......il parle de lui-même !

 

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