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Les années difficiles....

3 septembre 1939 -

                         Les années d'insouciance étaient terminées sans que mon frère et moi surtout en soyions bien conscients. André devait avoir 18 ans le 4 septembre et après une année en mathématiques spéciales s'apprêtait à entrer en classe préparatoire à Polytechnique. Moi, je cherchais encore ma voie (!) et mon père m'avait dirigée sur le Droit et le Secrétariat. Je n'aimais pas trop ni l'un, ni l'autre ! ma passion, c'était le dessin donc rien à voir ! Mais mon Père m'avait alors répondu "le dessin ?  c'est un métier de crève-la-faim". C'était clair, il ne voulait pas en entendre parler pour un métier en m'ajoutant toutefois qu'il ne voyait aucun inconvénient à ce que je continue les cours de dessin que je suivais déjà avec mon ancien professeur, Camille Lambert qui lui, me poussait fortement dans cette voie. Camille Lambert était un artiste extraordinaire que j'admirais. Je l'avais eu comme professeur à l'école de Juvisy et au cours qu'il donnait tous les dimanches matin dans une salle de la Mairie de Juvisy. J'ai assisté à ses cours jusqu'en avril 1944....La liberté , pour les filles notamment, à cette époque, n'était pas courante. Et mon père par ailleurs très près de nous, était assez dirigiste (ancien régime quoi......). Etant donné ce qui nous attendait, le Droit et la machine à écrire m'ont rendu plus de services que le dessin et j'ai fini par y prendre goût ! Mais dans l'instant, j'étais déçue et furieuse !

                          Cette année scolaire 1938/1939 s'est donc passée d'une façon un peu chaotique...on parlait de guerre imminente, on croyait que tout s'arrangeait, on reparlait de la guerre..."J'y vas-t-y, j'y vas-t-y pas " comme dans la chanson.  L'été 1939, beaucoup d'hommes étaient mobilisés et mon frère est parti avec les scouts aider pour toutes les récoltes, arrachage des pommes de terre et autres travaux des champs. L'ambiance était inquiétante...Fin Août,  tout se précipitait. André est revenu à la maison et a prévenu mes parents que si la guerre éclatait, il s'engageait.... Le 3 septembre, déclaration de guerre et le 4 septembre, anniversaire d'André qui atteignait ses 18 ans...

                          Je me souviens de ce dimanche 3 septembre. La gare de Juvisy étant une importante gare de triage, tous les trains militaires passaient par là, de même que les trains de réfugiés du Nord, d'Alsace-Lorraine... Les militaires montaient vers la ligne Maginot et les réfugiés descendaient de cette région... Nous étions allés avec mes parents jusqu'à la gare et comme je pleurais mon père m'a dit "tu pleures déjà, eh bien, tu n'as pas fini. La guerre, c'est affreux". Il faut dire qu'il avait le souvenir de la Grande Guerre ! Et sa réflexion était prémonitoire car les occasions de pleurer n'ont pas manqué pendant toutes ces années !

                          Quelques jours après, André ayant fait toutes les démarches pour son engagement, partait provisoirement rejoindre l'Ecole d'Application d'Artillerie à Fontainebleau et mon père était mobilisé. Nous restions donc seules ma mère et moi ...Terminées  l'insouciance et l'adolescence. Je devenais responsable....

                           Comme dans beaucoup de familles, il fallait apprendre à vivre autrement, et même à survivre parfois. Dire que c'était toujours facile, je n'oserais pas !  Heureusement que ça aide bien d'être jeune, on pense que tout peut être surmonté....optimisme ? non même pas. En ce qui me concerne, je crois que je vivais au jour le jour pensant "qu'on verrait bien". Ma mère était très inquiète mais ne se plaignait pas. Avec le recul, j'ai un peu honte du courage dont elle faisait preuve sans rien dire. Je pense que pour que mes nuits soient bonnes, les siennes n'ont pas toujours été calmes et reposantes.

                           Et ce fût la débâcle et l'exode.....

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Le temps passe....

                     Notre petite enfance s'écoulait donc comme celle de tous les enfants...Ecole, famille, vacances...Pour ces dernières, lorsque nous étions très jeunes, nous allions en Lorraine chez mes grands-parents. Pas de voiture à l'époque et aller en Lorraine relevait d'une véritable expédition ! Nous partions de Juvisy le soir direction Paris où nous prenions un train à la gare de l'Est. Les trains n'étaient pas confortables, mais cela nous était égal, nous étions euphoriques à l'idée d'aller retrouver ces grands-parents que nous adorions et qui nous le rendaient bien ! Le voyage durait toute la nuit (je précise que nous étions assis sur des banquettes en bois...nos parents nous allongeaient tant bien que mal pour que nous puissions nous reposer. Nous, mais pas eux !!! Au petit jour, nous arrivions en gare de Tantonville et là, quelle joie ! nous nous prenions au moins pour des princes ...une carriole avec un cheval nous attendait pour nous transporter à cinq kilomètres, à Affracourt.  C'était un voisin de mes grands-parents qui avait la gentillesse de venir nous récupérer ! C'était bringuebalant au maximum , mais passionnant ! J'entends encore le bruit des sabots du cheval et cette carriole qui roulait dans des chemins qui n'avaient rien à voir avec les autoroutes actuelles (ni même avec une simple route) .... Mais nous étions trop heureux pour nous plaindre. Heureux aussi d'aller en vacances ce que tous nos petits camarades ne faisaient pas.... Je vous parle de la fin des années 1920, tout début des années 1930.  Peu de gens avaient cette chance. Savions-nous l'apprécier ? je n'en suis pas certaine...

                        Et c'était l'arrivée à Affracourt. Le scénario était immuable...grand-mère fondait en larmes ! Mais en bonne Lorraine elle posait cette question qui amusait mon père (qui, bien que son gendre était son "chouchou") "Et quand est-ce que vous repartez" !!! ça, c'est lorrain. Avez-vous déjà entendu raconter "La Première Communion du Gamin", sketche de Georges Chepffer (je ne suis pas très sûre de l'orthographe)? non, c'est dommage ! Je ne sais pas pourquoi le Lorrain a besoin de savoir....C'était comme ça jadis...il y a bien longtemps.

                         Là-bas, pour nous c'était la liberté...courir dans les prés, aller à la vigne avec mon grand-père, donner à manger aux bêtes avec ma grand-mère ! tout ce que nous n'avions pas l'habitude de faire ! Et il y avait l'attelier de mon grand-père, ébéniste de son état et qui faisait et restaurait de si jolis meubles ! Je le revois, lorsqu'il venait de rabotter une planche, il la caressait avec le revers de sa main ! ah ! il aimait son métier. Et il y avait cette odeur de colle à bois que nous respirions avec bonheur ! Les souvenirs sont faits de visions, mais aussi de beaucoup d'odeurs.

                         Et pour terminer nos vacances, les derniers jours, nous assistions aux vendanges ! La vigne de mon grand-père n'était pas très grande ! il faisait juste son vin pour l'année et...ce petit vin gris qui, entre nous, vous tourne la tête vite fait si vous n'y prenez garde (et il est très agréable à boire).  Ces vendanges, c'était vraiment la fête ! tous les gens du village venaient aider grand-père; ça se passait comme ça, un jour les vendanges chez l'un, une autre fois chez un autre et ainsi de suite. On s'aidait à tour de rôle... Moi, ce qui m'intéressait surtout , c'était ce que faisait grand-mère pour tous ces gens ! Elle allumait le four à pain dans cette grande cuisine sombre (et pas très bien pavée), et préparait une quantité de bonnes choses : quiches lorraines, tartes aux mirabelles, aux quesches etc...et tant d'autres mets succulents....Comme on dit là-bas "jamais que c'était bon" ! Et puis arrivait la veillée avec les chansons, les rires....Pour nous, enfants de la ville,  c'était merveilleux. . Jamais je n'ai oublié cette période de ma vie.

                         Et puis, les années ont passé, nous sommes allés en vacances à la mer, mes grands-parents sont venus à Juvisy passer quelques mois, mais en regrettant leur vie lorraine...

                         Nos études se poursuivaient et nous donnaient du travail et aussi des soucis...D'autant plus que les bruits de guerre étaient de plus en plus présents... 1938 beaucoup de réservistes avaient été rappelés, puis libérés, puis rappelés en mars 1939 puis....ce fut la mobilisation générale le 2 septembre 1939 et la déclaration de guerre le 3 septembre... et le départ de mon père, appelé, et de mon frère engagé volontaire.

                        La fin de la paix a marqué la fin de la jeunesse de toute une génération. 

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prime jeunesse...

          Nous voici donc installés dans cette nouvelle maison...Je ne peux malheureusement pas la faire admirer en photo puisque, bien des années plus tard, les souvenirs "visuels" ont été engloutis. Mais moi, je la revois et je pourrais la décrire avec précision. Dans le jardin, il y avait des arbres fruitiers, et un magnifique marronnier sous lequel nous mangions l'été lorsqu'il faisait beau. Et sur la rue, tout le long du mur en pierre meulière surmonté d'une grille - ce qui se faisait à l'époque - des fusains. Ceux-ci nous servaient de maisons pour nos jeux ! nous faisions des cabannes en dessous, des cachettes etc...c'était notre domaine ! Cette première jeunesse, on ne peut pas l'oublier...Nous avons même eu droit en 1931 je crois, à des inondations ! les soldats du Génie étaient venus et avaient installé sur la rue des passerelles pour nous permettre de rentrer chez nous. Mes parents étaient désolés, mais nous, qu'est-ce qu'on était heureux !!! Quand on est enfant, et c'est très bien ainsi, on ne se rend pas toujours compte des soucis des grandes personnes ! Ces soldats qui circulaient en barque dans les rues ? mais nous trouvions ça très exaltant !

           En plus de mes parents, un autre membre de la famille n'appréciait pas du tout la situation...c'était notre chat ! il avait voulu emprunter la passerelle et sauter, mais plouf, il était tombé à l'eau ! Repêché, il n'a plus voulu quitter la maison et circulait uniquement à la salle à manger, sur les barres transversales reliant les pieds de la table. Il les prenait sûrement pour une passerelle et avait peur de tomber ! Simple petite anecdote.

           Oh oui, de cette maison, je garde des bons souvenirs. Nous avions été inscrits à l'école, mon frère au Collège St Charles et moi à l'école de Juvisy, après deux années passées à l'école Ste Anne et où j'avais appris à lire et à écrire assez tôt ce qui m'avait permis d'intégrer directement le cours élémentaire alors appelé 10ème...Lire, écrire, compter, tel était le programme ! Mieux ou moins bien que maintenant ? La discussion est ouverte. Pour ma part, je n'en sais rien ! les enfants actuellement connaissent des choses qui étaient inconnues pour nous, et inversement. Mais tout de même, je crois que la lecture est importante et là, comme aurait dit Fernand Raynaud "y a comme un défaut" ! 

           Ces années là, on ne parlait pas encore de bruits de guerre, mais on parlait beaucoup de la guerre de 1914/1918 que nos parents avaient vécue, chez nous, mon père pour l'avoir faite appelé à 18 ans, et ma mère pour s'être trouvée dans la tourmente puisqu'elle était lorraine et que pendant quatre années elle avait entendu le bruit du canon en permanence, et avait vécu pratiquement avec les soldats ! Mes parents, mon père surtout, parlaient beaucoup de cette période. D'autres ne voulaient pas en parler, mais tous pour la même raison : ils avaient vu trop de choses affreuses.

           Rien de spécial pour cette période, si ce n'est que mes parents se sont "modernisés" après que notre quartier en ait fait autant ! Rues bien faites, eau courante, chauffe-eau etc...ça semble extraordinaire, mais nous vivions sans tout ça avant ! Et nous avons eu une voiture et la TSF...ça alors, formidable ! Mon père écoutait les informations et...tout le monde en profitait ! le poste était dans la salle à manger et mon père dans un tout autre coin...donc, il fallait mettre très fort ! et ma mère voulait notamment que les enfants du quartier entendent l'arrivée du Tour de France , ce qu'ils faisaient, assis sur le mur; nos fenêtres étant ouvertes, tout le monde pouvait écouter . Epoque révolue....mais quels bons souvenirs !

           Puis nous avons changé de maison en 1934/1935, mais toujours dans le même quartier. Maison plus moderne puisque neuve, plus confortable, plus grande...Notre adolescence arrivait à grands pas avec d'autres joies et beaucoup d'autres soucis...des bruits de bottes commençaient à se faire entendre en Europe...Si on parlait moins de la guerre au passé, on commençait à en parler au futur.... 

           
 

          
         

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A l'origine......

                                                            Et si je commençais par le commencement ?

                                                           Je suis arrivée alors qu'on ne m'attendait pas encore, un soir de Noël, sans frapper et sans m'annoncer ! C'était  dans le premier quart du vingtième siècle ! Il était 18h.25, à l'heure des livraisons destinées au Réveillon de Noël ! Avais-je bien choisi le bon moment ? C'est à voir...D'après mes parents, c'était un peu le branle-bas de combat...Soyons franche, j'avais un peu fichu la pagaille à la maison ! Oui, mais quelle joie ! une fille, alors qu'un petit garçon de quinze mois faisait déjà partie de la famille !  Il se prénommait André et s'est donc trouvé être mon grand frère, rôle qu'il a toujours revendiqué...ne serait-ce que pour me donner des ordres. Enfin, les petites soeurs sont faites pour ça, faut se faire une raison. Il se trouve que j'ai accepté cette situation facilement et que notre affection ne s'est jamais démentie. Frère et soeur nous étions, liés pour la vie.

                                                            L'appartement dans lequel je suis née se trouvait à Paris, tout près du Champ de Mars. Je n'ai pratiquement pas de souvenirs de cet appartement que nous avons quitté alors que j'avais environ 4 ans. C'est bien loin ! Par contre, je me souviens du Champ de Mars où ma mère nous emmenait en promenade (nous n'avions que l'avenue à traverser !). Je revois les manèges et les balançoires...Pour le reste, c'est plutôt flou !

                                                            Nous avons quitté Paris pour venir habiter en banlieue à Juvisy, l'été 1927. Alors pour nous, c'était la campagne. Nous avions une grande maison, un jardin, un chat, un chien, des poules, des lapins, des canards...enfin, tout ce qui fait le bonheur des enfants ! Un ruisseau, le Mort Rû, délimitait notre jardin et nous séparait des voisins qui habitaient eux, sur la commune d'Athis-Mons....Ce ruisseau faisait notre bonheur ! il était plein de sangsues, de têtards et autres petites bêtes, sans oublier la vase ! Pour nous, c'était "le fruit défendu", alors fi des interdictions...il faut savoir vivre dangereusement. Les souvenirs de cette époque sont encore bien présents dans ma mémoire. Mes grands-parents lorrains étaient venus à Juvisy pour aider mes parents à s'installer. Je les revois encore comme si c'était hier ! ah ! cette imagination ......

                                                                                                                                                      à suivre......

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Au fil de ma mémoire....

9 mai 2008 -

"Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément "......

Alors, je vais essayer de m'exprimer le mieux possible . Ces souvenirs qui m'envahissent, il faut absolument que j'en fasse quelque chose pour les générations qui me suivent ! Il y en a déjà pas mal sur le Net puisque je suis une incorrigible bavarde et que  je traîne beaucoup d'années derrière moi maintenant . Souvenirs d'enfance, souvenirs de guerre. Et j'ai très envie aussi de faire quelques réflexions sur notre Société ! Autrement dit, vous n'en avez pas terminé avec moi !
A bientôt donc.....

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